ANNIVERSAIRE

 

Des quatre coins de France, en ce jour, ils arrivent

Pour fêter du grand père les quatre vingt dix ans

Enfants, petits enfants, arrière-petits enfants,

Ils viennent s’abreuver à la source d’eau vive.

Certains n’ont pu venir : ils ont sur la planète

Programmé des voyages aux vacances d’été ;

Dans leurs meilleurs souhaits, cependant, ils regrettent

Qu’au repas de famille ils ne puissent assister.

Celui ci fut joyeux : le temps ensoleillé

Vint réjouir les cœurs de la famille en fête.

Vers la fin du repas, on voit le patriarche

Se lever, verre en main, pour dire quelques mots.

Les mots qu’il voudrait dire, devant le temps qui marche :

" Nous avons, eu aussi, notre temps de jeunesse,

Alors que nous entrons dans celui du trépas,

La vie s’ouvrait à nous avec ses promesses ;

Ces temps sont écoulés, ils ne reviendront pas.

Quatre générations qui ici sont présentes

Sont pour notre parcours des tranches différentes

De la vie. Me souvenant de ceux que j’ai connus ;

Ceux qui m’ont entouré depuis ma tendre enfance,

Tous ceux que j’ai aimés, mais beaucoup ne sont plus :

, J’ai gardé l’impression de plusieurs existences.

Tout cela vous dépasse, vous vivez au présent ;

Petits enfants ! Riez ! montrez vos belles dents !

Et laissez vadrouiller dans mon esprit confus,

De vieillard, des pensées qui n’intéressent plus

Personne. " Et le grand père, tendant toujours son verre,

Sortit, ému, de son rêve rapide, abasourdi,

Regardant son épouse au sourire attendri,

Trinqua à leur santé et puis leur dit :merci !

 

 

Champagne : janvier 1999