Le vieil homme du banc

 

Ce très vieux banc du square que ce vieillard habite,

Car ce lieu est, pour lui, un asile, son gîte,

Son lit, son restaurant et aussi son boudoir ;

Oui ! C’est là qu’il demeure. Dans la tiédeur du soir,

Je m’approche de lui ; il invite à m’asseoir.

L’heure semble propice aux grandes confidences ;

Assis, le dos courbé et entrant en silence

Il penche alors son corps, accoudé aux genoux,

La tête entre ses mains, il regarde un caillou

Que son pied impérieux brutalement repousse,

Puis énonce tout bas de multiples questions :

" Que fais-je donc ici ? Qu’elle est la solution ?

Pourquoi tout ce qui naît ? Pourquoi tout ce qui pousse ?

Pourquoi tout ce qui fuit ?Pourquoi tout ce qui passe

Pourquoi la vie ? Pourquoi la mort ? Pourquoi l’espace 

Et ses monstres brûlants ? Et pourquoi sur la terre

Est-on si malheureux ? " Il ajoute : " mystère " !

De lui, je me rapproche, murmure à ses oreilles :

" Il faut tout inverser ; à partir des merveilles

Qui sont dans la nature et nous offrent les cieux,

Et recevoir le don de notre propre vie

Comme un bienfait ; vous n’avez pas saisi

Le sens de cette vie et tous les sens cachés

Des forces universelles ; mais il vous faut chercher

Pour savoir le pourquoi , ami, de tous les biens

Qui nous sont accordés pour que l’on soit heureux.

Oui ! Il vous faut chercher-les pourquoi ne sont rien-

Ne plus vouloir rester un homme malheureux

Et retranché du monde. " Il me dit sa détresse,

Tout ce qu’il a été et qu’il refuse d’être.

Je le comprends , soudain, et je vois dans cet être

Tout le besoin qu’il a d’un apport de tendresse.

*

Il faut vraiment savoir que tous les beaux discours

Ne peuvent compenser un grand geste d’amour.

 

 

 

 

Le Vézenay-juillet 2000