UN JEUNE ETUDIANT EMU

 

C’était un dimanche matin et à l’issu d’une conférence du professeur Blondel, l’éminent philosophe de l’Action , je devais prononcer une courte allocution en faveur d’une œuvre d’étudiants. Le Doyen de la faculté de Droir présidait la séance, et, lorsqu’il me passa la parole, mon émotion fut telle, de parler devant d’aussi importants personnages, que je perdis le fil de l’entrée en matière et même la suite de ma petite intervention cependant soigneusement préparée.

Après quelques secondes d’hésitation qui me parurent interminables, je finis par aller tout droit à la conclusion qui sollicitait l’honorable assistance à mettre la main au portefeuille. J’appris ainsi, dans ma confusion, la difficulté qui pouvait exister pour un jeune étudiant de prendre la parole en public sans le moindre aide mémoire.

Invité dans l’après-midi à une réception chez mes correspondants je fus présenté au Doyen de la Faculté de Droit qui dans un sourire complice et indulgent-me laissant mortifié-assura la maîtresse de maison avoir eu le plaisir de faire ma connaissance le matin même. Les excuses que je m’empressais de lui présenter ne m’attirèrent de sa part que l’indulgente et confondante réponse que la timidité me passerait avec l’âge .

Je ne pense pas, et cela me consola un peu, que mon embarras du matin ait été bien perçu par l’illustre Blondel lequel était très sourd. Et puis quelle importance pouvait avoir aux yeux de ce génie de la philosophie mon insignifiante personne. Etant devenu un enseignant, j’eus l’occasion, quelques années après, d’être un auditeur plus sérieux du maître.