JEAN XXIII

 

 

Je fus invité, un jour de l’année 1948, à accueillir à l’Archevêché Mgr Roncalli, Nonce apostolique en France, de passage dans notre ville.. Le prélat romain ; accompagné d’une petite suite, revenait des Saintes-Maries de la Mer où une manade avait été donnée en son honneur ; il avait beaucoup plu et le sol de la Camargue était détrempé.

Le Nonce entra dans la pièce où nous l’attendions, tout joyeux mais crotté, et, en s’ébrouant salua son hôte ainsi que toute l’assistance. Apparaissant fort satisfait, il nous annonça avec son accent italien :  " j’ai assisté aujourd’hui à une belle corrida " ce qui provoqua une gaieté générale.

Nous étions une douzaine de personnes réunies autour d’une table ornée de boissons et de sucreries. Le sort voulu que je sois placé à côté du Nonce qui entretint par moments avec moi une conversation sans façon et dénuée d’intellectualisme, tout en savourant quelques friandises .

 Qu’est-ce que c’est, me dit-il, que ces petites choses qui grattent le gosier en désignant une assiette. Des calissons Monseigneur ! lui répondis-je. Et bien, donnez moi encore des " calissones " répliqua le Nonce dont la grosse face joviale de curé de campagne était toute empreinte de malice et de bonté. Ce double caractère m’avait impressionné.

C’était, en fait, un prêtre très cultivé et d’une fine intelligence, d’une grande simplicité, voire d’une grande humilité ; n’avait-il pas demandé de recevoir la barrette cardinalice des mains du président Vincent Auriol ?

Tout ceci je ne le sus vraiment qu’après cette rencontre, et je fus très étonné, mais ravi, d’apprendre dix ans plus tard que Mgr Roncalli était devenu JEAN XXIII (1881-1963).

Jean-Paul II l’a béatifié en l’an 2000.

Au cours d’un congrès international que se tint à Rome en 1961, les participants furent admis à une rencontre avec Jean XXXIII alors en résidence d’été à Castel-Gandolfo. A la fin d’un petit discours le St Père se laissa approcher ; j’étais à quelques mètres de lui mais attentif et réservé, et au delà des personnalités qui l’entouraient et cherchaient à lui serrer la main il parut dans un créneau m’adresser son plus joli sourire. Illusion peut être, que j’ai malicieusement entretenue en pensant qu’il se souvenait peut être de notre conversation sur les calissons.

 

M A