ETES JURASSIENS

C’est la fin d’un été; mais ces jours sont pluvieux !

De notre vieux chalet entouré par la brume

On ne peut distinguer la splendeur de ces lieux :

Le lac et ses sapins et tout ce que ma plume

Devrait pouvoir décrire - souvenirs merveilleux

De plus d’un demi-siècle - nous étions très heureux

Avec nos parents, nos enfants, nos amis

Joyeux et rayonnants ; un monde sans soucis.

*

Les jeux dans la prairie ; parcourant les forêts

Où l’on cueillait ensemble des kilos de framboises ;

Baignades dans le lac, et prenant intérêt

A la vie du pays, aux fêtes villageoises :

Procession du quinze août et feux au bord de l’ eau .

Avec nos voisins, on jouait aux anneaux :

Tendue entre deux arbres une longue ficelle

Permettait de lancer l’anneau par dessus elle.

*

On jouait au tennis ; puis ce fut pour les grands

Des courses en voilier ( petits, en " optimiste " ) ;

Pendant qu’un des papas, sur sa barque, persiste

A traquer le brochet qui toujours se défend

Et bien d’autres poissons : des tanches et des perches,

Ceux qui, non carnassiers et qui toujours recherchent

L’algue pour se cacher ; poissons des profondeurs

Comme les corégones - et de belle grandeur.

A l’entour de l’esquif, sur la surface glissent,

Majestueux et fiers, en longs cols blancs, les cygnes

Qui laissent derrière eux des sillons rectilignes.

Les enfants sur la plage s’amusent, avec délice,

A nourrir tous ceux qui s’y sont approchés :

Les cygnes, les canards, les foulques et les mouettes…..

Tandis que le papa recherche le brochet.

Tout cela est présent tant ma mémoire est nette.

*

Le temps, en poursuivant une course cyclique,

A fait que ces plaisirs se sont renouvelés

Pour les générations qui se sont succédé

Et de nouveaux amis toujours très sympathiques ;

Mais les planches à voiles, les nombreux pédalos

Sont venus contrarier les pêcheurs à la traîne

En leur coupant les fils qu’ils allongent sur l’eau ;

Les lieux plus fréquentés font qu’on a de la peine

A faire stationner sa barque ou sa voiture ;

Les près se sont vendus, de nouvelles toitures,

Des arbres centenaires, ont changé l’horizon,

Diminuant la vue qu’on a, de la maison.

*

Plusieurs ont disparu, avec le temps qui passe :

Nos parents, nos amis, tous ont laissé leurs traces

Dans notre souvenir, aussi dans notre cœur.

En tournant nos regards, toujours avec ferveur,

Vers tous nos descendants qui fréquentent encore

Tous les étés ces lieux- nous sommes des vieillards

Toujours très entourés, qu’on aime et qu’on honore-

Nous aimons évoquer les beaux jours d’autrefois

Et répondre aux questions de charmants babillards.

*

Le temps s’est éclairci ; marchons donc vers le bois

Derrière le chalet ; un rayon de soleil

Eclaire le couchant et les feuilles dorées

Qui ornent les feuillards dont il est entouré.

Il conduit aux prairies qui vont en pente douce

Dévaler vers le lac, là où nos pas nous poussent ;

Nous n’irons plus très loin, tous les deux, car c’est l’heure

Du retour au foyer et dans notre demeure

Assis au coin du feu, au soir de nos vieux ans,

Nous bénirons le ciel d’un été finissant.

Malbuisson- 2004