La Mère


Toute remplie de grâce, elle était en attente.

Le cœur ne reçoit rien si nous n’attendons pas.

Elle reçut un Don qu’elle n’attendait pas.

Et elle le reçut comme une humble servante.

Pour elle commença une nouvelle attente.

Que sera cet enfant et qui l’acceptera ?

Pour construire ce foyer l’Esprit travaillera ;

Et elle reçut alors l’aide la plus constante.

Le jour, comme la nuit, elle était en attente.

De tout ce qui viendrait et sans bien entrevoir

Ce qu’elle aurait à faire, étant toute confiante

En Celui qui n’avait de cesse à tout prévoir.

*

L’enfant qui grandissait en taille et en sagesse

A rempli la maison de joie et de tendresse,

Découvrant à travers ses sentiments humains

Ce qui le reliait au principe divin.

Il fit comprendre aux siens, à l’âge de douze ans,

Qu’il se consacrerait aux choses de son Père .

Que se passera -t-il, plus tard, pensait sa mère ?

N’osant l’interroger. Et quand il eut trente ans

Elle apprit qu’il s’était rendu sur le Jourdain,

Et qu’il s’était fait baptiser par son cousin.

Pendant quarante jours après, elle attendit.

Elle se demandait :où est-il donc parti ?

Tout en pensant aussi, s’il ne le disait pas,

Que les divins projets ne la regardaient pas.

Faisant pleine confiance, car c’était son petit.

Elle continuait à vivre dans l’attente.

*

Il revient et l’emmène –c’est la phase suivante-

Car il faut qu’il annonce –Ici c’est trop petit-

A tout le monde entier, la très bonne nouvelle

Du Salut par la Foi. Il entraîne avec elle

D’autres femmes aussi et, tout autour de lui,

Il commence à prêcher : lui viennent des disciples.

Et qui l’assisteront au cours de son périple ;.

Des pharisiens sont là, disent du mal de lui .

Quel bouleversement ! Marie, dans l’ombre écoute

Et médite et se dit : " Le Seigneur, sans doute,

Va se servir de lui pour sauver tout le monde,

Mais comment fera-t-il? " Sa confiance est profonde.

Son fils a beau lui dire : la rédemption avance ;

Elle le croit, bien sûr, mais reste dans l’attente.

Car des jours vont venir : les voilà qu’ils s’avancent

Et qui vont l’éprouver ,:un jour, dans la tourmente,

Elle sait qu’une épée transpercera son âme,

Syméon l’a prédit - c’est une forte femme -

Mais à Jérusalem elle n’est pas tranquille :

Elle cherche où il peut être ; en dehors de la ville ?

S’il n’a pas besoin d’elle ? Elle retrouve Pierre,

Celui-ci la rassure : il ne le quitte pas.

Or,à Gethsémani, Il va vers son trépas

Il n’a pas résisté ; on l’entraîne au calvaire.

De loin, comme elle a pu, elle connut son procès

Et son chemin de croix - elle l’a vu passer,

Mon Dieu ! Dans quel état ! Mais ils sont insensés !

Vas-Tu l’abandonner? Ne peux-Tu me le dire ?

Elle entend ce qu’Il dit et quand Il va mourir

En perdant tout son sang sur la croix répandu,

Sur ce bois infamant où on l’a suspendu.

Et elle est là debout au pied de cette croix :

" Femme voici ton fils et Jean voici ta mère "

Entendent-ils tous deux mais Il n’a plus de voix 

Que pour dire :  "  Eloï lamma sabachtani. "

Elle reste debout. C’est trop pour une mère 

Qui entend les insultes qu’on dit autour de Lui.

Dans le noir complet - ces instants sont terribles-

Elle ne voit plus rien. Mais ce n’est pas possible

Que Dieu ne sauve pas le Sauveur de ce monde !

Et elle n’entend par le tonnerre qui gronde.

Joseph d’Arimathie vient pour l’ensevelir

Il est là, son enfant, étendu sur la pierre.

On l’emporte au tombeau et on roule une pierre.

*

Au milieu des parents, des amis, elle attend,

Avec les Apôtres : une attente confuse

Et vague. Quels terribles instants !Et, pourtant,

Il doit ressusciter ! Il l’a dit ! Ils refusent

De perdre leurs espoirs. Puis c’est l’apparition..

Oh ! Mère, je l’ai vu ! Vient lui dire Madeleine ;

Il est ressuscité et rejetons nos peines !

Moi aussi je l’ai vu . A-t-il fait allusion

A ce qu’Il allait faire ? Non il ne m’a rien dit.

 

A ses disciples aussi Il s’est rendu présent

Pendant quarante jours ; ils sont plus de cinq cents

Auxquels il a parlé, puis il a disparu un jour, dans la nuée.

Sur terre c’est fini, elle ne le verra plus.

Elle est sure de Lui ; Jean ne la quitte plus,

Et ils attendent tous ce qu’il va advenir.

Le don d’En-Haut viendra ; ils leur faudra partir

A travers les nations annoncer la nouvelle

D’un Salut généreux à tout le genre humain.

Et à Jérusalem où Jean reste avec elle

Elle attendra, paisiblement, jusqu’à la fin.

*

Et depuis tous les temps le monde doit attendre

Etre en dépassements, en état créatif,

Rien ne peut, ici bas, être définitif,

De notre état d’attente, c’est la grande raison.

Il faut faire attention et ne pas se méprendre,

Mettons nous en état de désir et d’amour,

Préparer l ‘avenir du plus beau de nos jours.

Oui ! Il faut désirer et il nous faut aimer ;

Mais non pas d’un amour qui soit de possession

Et contraire à l’Amour tout chargé de Désir ;

Sans se préoccuper de ce que l’on attend,

Comme les saints l’ont fait, comme l’a fait la Mère,

Et puisqu’elle a gardé des liens avec la terre,

On peut dire aujourd’hui que toujours elle attend

Que la Paix et la Joie règne sur notre temps

Et qu’on ait reconnu Celui qui doit venir .

Dans cette direction est tout notre avenir

*

 

Champagne Juin 2001