Le refuge

 

A ce seuil, sans demander vaine gloire ou importance,

nous sommes venus.

Pour y chercher un refuge contre le sort et ses coup,

nous sommes venus.

Nous sommes les voyageurs à l’étape de l’amour.

Des limites du néant, au pays de l’existence,

nous sommes venus.

Nous vîmes ta ligne verte : des jardins du Paradis,

Nous avons voulu chercher cette herbe d’amour, et puis

nous sommes venus.

Nous qui avons ce trésor, dont l’Archange est le gardien,

En mendiant, jusqu’à ta porte, au palais du souverain,

nous sommes venus.

Où donc, navire sauveur, ta clémence est-elle ancrée ?

Dans l’océan du pardon, mais plongé dans le péché,

nous sommes venus.

L’honneur part. Crève, ô nuage qui nos fautes dissimule !

Car, avec un livre noir, auprès du souverain juge,

nous sommes venus.

Hafez, débarrasse-toi de ton vain manteau de laine :

Avec de brûlants soupirs, derrière la caravane,

nous sommes venus.

 

Hâfez Shirâzi

(Ballade 359)