Regarde

Je le vois, mon ami, tu as du vague à l’âme ;
Tu entretiens en toi de très sombres pensées ;
Le vieillard que tu es aura toujours assez
De très bonnes raisons pour maintenir sa flamme
 
Je ne sais trop pourquoi je te trouve aussi las ;
C’est de chercher, peut être, à vivre du passé ?
Et te remémorer ceux qui t’ont offensé ?
D’avoir trop montré ce que tu n’étais pas ?
Cultive les oublis tout au fond de ton cœur
Et ne garde envers eux plus aucune rancœur.
Où sont-ils donc passés ceux que tu as connus,
Ceux que tu as aimés ; ceux de ta tendre enfance ?
Des parents, des amis, partis dans la souffrance !
Les temps se sont passés ; ces temps sont révolus !
 
Les beaux jours vont venir ; regarde les renaître .
Vois ! le ciel s’éclaircit, regarde à ta fenêtre.
Le parc a reverdi, les arbres sont en fleurs
Et porte tes regards vers le fond de l’azur
Regarde mon ami , déjà le ciel est pur .
Mais il te faut sourire pour apaiser tes peurs !

Utilisons le temps qui fuit,
Qui nous porte vers l’autre rive,
Nos regards sont fixés sur Lui,
Vers cette source de l’eau vive.
Ne regardons plus en arrière,
Où sont les traces de nos pas
Qui se diluent dans la poussière ;
Le temps passé n’existe pas.
Il se réduit aux souvenirs,
Aux conséquences de nos actes
On peut avoir à les écrire
Mais en gardant sa foi intacte
En te tournant vers l’à venir,
Tu as encore un peu de marge,
Mais il te faut gagner le large
Et tu n’auras plus à souffrir.


Champagne – mars 2001

Lettre à un très vieil ami