RIVAGE


Les eaux de l’Océan sont poussées vers la plage ;

Le flot tumultueux court sur le rivage ;

Il laisse sur le sable une écume d’argent

Et fait crisser ses grains tout en se dérobant

Vers la vague qui va revenir à l’assaut

Sur le sable doré pour mourir à nouveau.

Assis sur un rocher, un peu plus loin, il rêve :

Il regarde ce jeu de la mer sur la grève

Ce flux et ce reflux accompagné du chant

Du sable et de la mer et puis aussi du vent.

Ses cheveux en témoins de la brise marine ;

Viennent tout doucement flotter sur ses narines

Qui respirent enivrées la fraîcheur des embruns.

Le vent porte à ses pieds de petits paquets bruns

Formés par le varech rejeté au rivage

Et il ressent d’abord devant ce paysage

Toutes les vanités :toutes celles du monde :

Ces va et vient soudains des humeurs vagabondes ;

Le flux de ses succès, le reflux des erreurs ,

Des incompréhensions et celui des malheurs ;

Mais le doux chant du flot de la mer qui se glisse

Entre les petits grains du sable, aux interstices,

Lui apaise le cœur : la Nature est tenace

Et elle sait trouver le défaut des cuirasses

Par où l’on peut œuvrer à de nouveaux projets

Et revenir en vagues pour les faire partager.

Il est temps de partir car la marée progresse

Le vieillard apaisé maintenant se redresse 

Et porte ses regards au fond de l’horizon

Où s’éteindront les feux d’un chaud soleil d’été.

Emu par la beauté de cette immensité

Qui l’invite à penser, avec juste raison,

Qu’il est bien mieux pour lui d’évoquer à son âge

Les grandeurs infinies d’un tout autre rivage

Eté 2002