Solitude

 

Son cœur est en déroute

Et son front est glacé ;

Qui donc est sur sa route ?

Et, dans sa solitude,

Il voit la multitude :

Ceux qui y ont passé ;

Tant de jeunesse folle ! 

Tant d’enfants qu’ils étaient !

Ah ! Souvenirs d’école ! 

Et d’êtres en liberté !

Et ses amis d’enfance ?

Ils les a tous perdus.

Ceux de l’adolescence ; 

Hélas ! Ils ne sont plus !

Ceux beaucoup moins lointains :

Parents, cousins, voisins…

Et tant d’autres encor ;

Un bien triste décor !

Oh !oui !triste à mourir !

Qui soudain l’environne….

Quand à la porte on sonne.

Il a très peur d’ouvrir :

Il est seul en ce lieu,

Et puis il est très vieux,

Et il n’a plus d’amis ;

Puisqu’ils sont tous partis.

Mais il ouvre la porte.

Personne sur le seuil :

Des tas de feuilles mortes,

Un petit écureuil

Tout blotti dans un coin.

Qui a pu déposer

Ce cadeau incertain 

En ce jour déclinant ?

Très démoralisé,

Il réchauffe en ses mains

Cet être frissonnant .

Il l’emmène au salon ;

Dans un petit carton

Installe l’écureuil

Et rejoint son fauteuil.

Enfin il s’assoupit :

Son rêve le poursuit :

Un grand coup à la porte,

Il s’en va pour l’ouvrir:

Au creux des feuilles mortes

Il entend là gémir

Un enfant tout petit,

Tout transi, dans la nuit

Maintenant survenue -

Et ce petit est nu.

Il revient au salon :

Tout prés du vieux carton,

Là ou dort l’écureuil,

Au fond, sous l’escalier,

Dans un berceau d’osier

Dépose le bébé,

Et d’un air étonné

Retourne à son fauteuil.

Sur les coups de minuit :

Des clameurs dans la nuit

Le renvoient à sa porte ;

Dans le fond du jardin

Des gueux de toutes sortes

Se tiennent par la main.

Ils clament leurs malheurs,

Tendent vers lui leurs mains.

Il ressent leurs douleurs

Et dans un geste humain

Les invitent à entrer

Tous dans sa maison ;

Il en rentre à foison,

Bien plus que de raison.

Si bien qu’en sa prison,

Devant la multitude,

Reflue sa solitude.

Et, plein de gratitude,

Change, sa certitude.

Il n’y a plus de doute :

Des vivants sur sa route !!!

Un bienheureux réveil

Le tire du sommeil.

Champagne : Toussaint 2003