TROPIQUES

Au sud de Dakar, existe une contrée :
Les îles du Saloum, la perle en est Niodor ;
La pirogue employée se trouvait dans un port
Et ceci se passait il y a bien des années.

*

Je m'en souviens encore: pour aller à Niodor
En pirogue à moteur ; nous étions sept à bord.
Le temps était fort beau mais il y eut des pannes
Que notre guide noir réprimait au marteau,
D'abord tout doucement puis troublant le bateau
Qui nous fit bifurquer du côté de Dangane
Où le papa du guide avait un atelier ;

*

Traçant notre chemin dans les palétuviers,
Chacun, dans la pirogue, muni d'un bout de bois,
Essayait de ramer afin d'aller tout droit.
Nous avions pris nos aises ; j'étais en caleçon
Je passais sous l'esquif, j'y vis de gros poissons
En pensant aux requins je remontais à bord ;
Mais c'étaient des dauphins qui nous accompagnaient.
Quand enfin arrivés : la plage aux cocotiers
Etait peuplée de crabes aux pinces orangé
Mais qui, fort dérangés, rentrèrent dans leurs trous.

*

Puis soudain un imam se dirigea vers nous ;
C'était un très grand noir dont on suivi les pas ;
Et qui nous fit grimper des escaliers étroits
Qui conduisaient tout droit à un grand minaret.
De là haut : une vue à couper les jarrets !
Devint, pour nous, surprise devant l'immensité
D'un superbe delta.
Au sol, très énergiques,
Avec des bâtons qui leurs servaient de piques,
De belles jeunes filles écrasaient du millet.
Les habitants des lieux étaient des gens aimables

*

Quand vinrent, vers le midi, pique-niquer près de nous
Un consul et sa suite, connu de l'un de nous ;
Nous sept, noirs de goudron et donc peu présentables.
On le mit au courant, c'était providentiel
Car c'était un secours qui nous venait du ciel

*

Mais c'est Mr Untel s'écria-t-il soudain
Et l'on fut pris en charge : nous avions soif et faim
Et le moteur aussi quand il fut pris en mains.
On voulut nous garder pour le repas du soir
Mais il nous fallait bien revenir à Dakar
Où nous avions laissé un tout petit moutard
Aux soins d'une nounou qui s'occupait de tout.
Rose était le beau nom de la noire nounou.
Et qui nous attendait, vers le soir, un peu tard.

*

Le retour en pirogue fut sans évènements.
On croisa ça et là de grands pélicans blancs ;
Leurs lourdes silhouettes, avec netteté,
Se découpait sur l'or d'un beau soleil couchant.
Notre guide chantait sans que rien ne l'arrête
On était en décembre ; au dessus de nos têtes
Resplendissait le ciel de cette nuit sans lune,
Constellé de myriades d'étoiles dont chacune
Rendait à nos regards présents la pureté.

*

Dans le lointain, bientôt, des lumières apparurent
On arriva, alors, au parc des voitures.
L'ami qui dirigeait, ce soir là, sur la route,
Arrêtant son moteur, voulut que l'on écoute,
Ainsi : tous feux éteints, ce qui se fit sans peine,
Les mille et un écho de la brousse africaine.
Chacun en fut ému ; c'était très pathétique
De sentir qu'on était sous le ciel des tropiques

Champagne, Toussaint 2005