Vesper

 

La nuit tombe et déjà s’efface la colline.

Seul devant le mystère où grouillent les dangers,

Seul dès l’aube, à midi, seul quand le jour décline,

Seul au milieu des siens, intimes étrangers,

Acteur inconscient on a joué son rôle,

Et mimé tour à tour, en bouffon solennel,

Le pitre et l’ingénu, le saint et puis le drôle ;

Imposteur innocent, raisonnable et charnel,

Acclamant l’idéal et suivant la nature,

Conciliant sans peine et " Devoir " et plaisir ;

Aveugle on a marché, sans guide, à l’aventure,

Aux chemins imposés qu’on avait cru choisir.

Mais le vent s’est levé qui va tarir la sève ;

L’heure a sonné, la mort approche : ô vérité,

Va-t-on soudain pouvoir, s’éveillant d’un long rêve,

Entrer, vivant enfin, dans la réalité ?

 

Théodore Monod

(à dos de chameau, Adrar,mars 1949)

 

Tiré de son livre :Et si l’aventure humaine devait échouer (GRASSET 2000)